vendredi 17 juillet 2015

L'ombre de la lune


Nom du titre en V.O : Shadow of the moon
Nom du titre en V.F : L’ombre de la lune
Auteur : Mary Margaret Kay
Date de parution : 1985
Edition : Albin Michel




Résumé

Après une enfance heureuse en Inde, Winter, la petite orpheline, connaît l’exil chez de lointains parents anglais. Mal-aimée, étrangère. Aussi, quand elle rencontre Barton, le Résident de Lunjore, ne voit-elle en lui que l’Inde, son paradis perdu. Par calcul, il promet de l’épouser et déjà elle consent… Il reviendra la chercher.
Il ne reviendra pas. Rongé par la drogue et l’alcool, il se terre mais délègue son adjoint, Alex Randall. Face à l’adolescente, Alex découvre, impuissant, l’horreur du piège.
Sur la route du retour, alors que la révolte des Cipayes contre l’Anglais ébranle le pays, la tendresse grandit entre eux – une tendresse interdite. Ils ont donné leur parole et Barton les attend…
Pas plus que l’Inde, leur amour n’aurait-il doit à la liberté ?


Mon avis

J’ai lu ce livre pour la première fois il y a environ dix ans et je me souviens avoir accroché comme jamais à l’histoire. Je n’avais pas eu l’occasion de le relire depuis, mais cela faisait un certain temps qu’il me faisait de l’œil. Du coup, je me suis lancée dans cette relecture et c’est, encore une fois un pur bonheur. Et par la même occasion, j’en profite pour le chroniquer et, je l’espère, vous faire découvrir cette fabuleuse aventure.

Winter de Ballesteros, une jeune fille de dix-sept ans, retourne en Inde, son pays de naissance, après dix ans passés en Angleterre pour épouser Conway Barton. Escortée par Alex Randall, l’homme de confiance de Barton, elle effectue un long voyage pour se rendre auprès de son fiancé. Mais Randall tente de la mettre en garde, à la fois contre son futur époux qui est loin d’être l’homme que Winter s’imagine, mais également contre le pays qui connait quelques troubles.
Débute alors une aventure pleine de rebondissements pour la jeune femme qui se battra jusqu’au bout pour atteindre son but et réaliser ses rêves… Une histoire d’amour interdit sur fond de révolution.

Le début de ce livre est plutôt long à démarrer, car durant plus d’une cinquantaine de pages, il ne se passe quasiment rien. L’auteur prend le temps de revenir constamment sur l’arbre généalogique de son héroïne, présentant une à une les générations précédentes.
Si cela s’avère un peu rébarbatif au début, c’est cependant un passage obligatoire pour nous permettre de suivre la suite sans trop se perdre. Et puis, de toute façon, c’est tellement bien écrit que même si, comme moi vous n’êtes pas doué pour ce qui est des liens intergénérationnels et familiaux, on se laisse surprendre par le style fluide et poétique de l’auteur si bien que les pages défilent sans que l’on s’en rende compte.
Fort heureusement, le tout est agrémenté d’un arbre généalogique en début de roman, qui illustre peut-être plus facilement les liens entre les personnages que les explications interminables de l’auteur. C’est un petit plus que j’ai grandement apprécié et qui s’est rendu très utile tout au long de ma lecture.

Par la suite, l’histoire se développe un peu plus et l’auteur revient sur Winter sans pour autant s’attarder trop sur son enfance, ne nous donnant que les explications nécessaires sans trop entrer dans des détails qui auraient pu être rebutant.

La psychologie des personnages est bien abordée et on arrive aisément à se mettre dans la peau d’une jeune fille en fleur du XIXème siècle à l’époque victorienne.
Bien qu’au début, on ait un peu de mal à se faire à la mentalité de l’époque où la femme était plus considérée comme un objet de décoration servant à régenter la maison et satisfaire son époux.
Du coup, c’est un peu le choc des cultures au début, mais une fois plongé dans l’histoire on oublie totalement ce détail, emporté par la magie des décors et l’exotisme flamboyant de l’Inde sauvage et mystérieuse.

Les personnages sont nombreux, peut-être un peu trop pour pouvoir s’y retrouver aisément.
L’auteur prend le temps d’aborder tous ses personnages de la même façon et l’explore entièrement, nous livrant ainsi des personnalités recherchées et abouties.
Si elle accentue cela avec ses personnages principaux, elle n’en délaisse pas moins les autres et j’ai trouvé cela très intéressant. On est loin du personnage principal surexposé par rapports aux autres qui eux se retrouvent souvent à peine effleurés.
On suit cependant majoritairement le point de vue de Winter. Winter est une jeune fille réservée qui n’aspire qu’à une chose, retourner chez elle en Inde. En attendant, elle s’idéalise un mari parfait et idéal en la personne de Conway Barton, son promis, qu’elle n’a vue qu’une fois lorsqu’elle avait dix ans et dont elle garde une image faussée par la fourberie de l’homme et son jeune âge.

Du coup, pendant une très longue partie, l’auteur fait de Winter une jeune fille obtuse et aveuglée par un amour irrationnel. Je dois avouer que cela m’a un peu, voir même beaucoup énervée, surtout que, entre-temps, l’auteur nous présente un peu le personnage qu’est Barton. Ce qui rend d’autant plus énervant la fascination et l’adoration obsessionnelle qu’éprouve Winter à son égard.
Mais très vite la jeune femme réalise son erreur, et à partir de ce moment-là, on la voit changer et mûrir. Dans la seconde partie du livre, Winter est alors une toute autre personne et on l’apprécie davantage à sa juste valeur.

Ensuite, il y a Alex. Lui aussi, en tant que second acteur principal est très mis en avant tout au long du livre. Il joue même un rôle primordial dans le côté politique du roman.
Secrètement amoureux de Winter, il agit dans l’ombre pour la protéger de tous les dangers qui pourraient la guetter sans se rendre compte, que de son côté, Winter agit de la même manière.
Lentement, les personnages prennent peu à peu conscience de leur attirance pour l’autre tout en le gardant secret en profondément enfoui en eux.

Ce qui nous amène à parler de l’autre thème de ce roman, la romance. Car oui, avec un titre et un résumé pareil, on se doute bien qu’une intrigue amoureuse va venir se glisser entre.
Tout au long de ce livre, la romance est présente, tout en gardant la pudeur en vigueur à l’époque du récit. L’amour entre Alex est Winter est clairement visible bien qu’à peine suggéré. Pas de grandes déclarations enflammées, mais un amour chaste et discret, comme s’il était inconcevable d’en parler. Ce qui était le cas à l’époque. Les sentiments amoureux comme les sujets féminins ou sexuels étaient tout simplement hors de propos et l’on ne devait surtout pas en parler sous peine de choquer la bonne morale. Du coup, on se retrouve avec des personnages vraiment prudes et des sujets de conversations détournés ou évités.

L’histoire d’amour suggérée dans la première moitié du livre, s’accentue dans la seconde sans pour autant que l’on ait affaire à des étalages de bons sentiments. Les personnages restent très réservés même par la suite, ce qui, à mon avis, accentue le côté romantique. Car tout reste dans la suggestion et les non-dits.
Ce n’est pas comme dans les romans d’aujourd’hui où romantisme rime avec sexualité et langage cru. Non, là, tout est dans la subtilité et du coup, on est loin de l’histoire d’amour à l’eau de rose.

Après avoir placé ses personnages, l’auteur implante ensuite le décor et nous fait voyager entre l’Angleterre et l’Inde de 1857, alors que la révolte cipaye se prépare dans l’ombre.
L’histoire prend donc racine dans des faits réels et l’auteur implante des personnages de fiction dans un décor historique. Ce qui rend incroyablement bien.
L’auteur à prit grand soin de se renseigner sur le sujet abordé dans son livre. Personnages, situation politique et économique, rien n’est laissé au hasard.
Si l'auteur connait son sujet et aborde la politique avec une certaine aisance, pour ma part, ne m'intéressant pas le moins du monde à la politique, j'ai eu à quelques moment beaucoup de mal à comprendre le nœud de l'intrigue qui se jouait à l'époque.

Avec L’ombre de la lune, l’auteur nous entraîne dans des descriptions de paysages de rêves où l’on pourrait presque sentir les odeurs de la jungle après la pluie et des épices indiennes. Tout est décrit et détaillé avec une précision effrayante, si bien que l’on a parfois l’impression d’y être. Les paysages, les odeurs, les personnages… L’auteur n’oublie rien et chaque détail à son importance.
De sa plume fluide, poétique et légère, l’auteur nous fait voyager à travers le temps et les différentes cultures comme si l’on faisait nous-même partie intégrante du livre tant on a l’impression d’être immergé dans cette fabuleuse aventure.

La lecture de ce roman fut un véritable plaisir et malgré le temps écoulé depuis ma première lecture, mon impression reste la même. Ce livre est un pur chef d’œuvre que je vous invite vivement à découvrir. Un livre que j’ai pris immense plaisir à redécouvrir et que je relirais encore avec le même enthousiasme.

1 commentaire:

  1. Superbe chronique ! Très impressionnante qui plus est ! ^^

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